Sa boutique s'ouvrait sur la rue, comme un sourire accueillant. A l'intérieur, Man' Flora était comme une flamme vive qui animait ce quartier, "la caféière".
La flamme vient de s'éteindre et la boutique sera, désormais, fermée comme un sourire triste.
Au début, les gens seront un peu perdus, il manquera quelque chose, il manquera quelqu'un: le coeur de ce petit coin de Saint Claude.
Man' Flora n'était pas une épicière ordinaire, elle était la banque, elle était l'oreille attentive, elle était la confidente amicale, elle était la moralisatrice, si besoin était, quelquefois, un peu gendarme quand il fallait remettre de l'ordre parmi tous les buveurs de rhum... S'il te manquait trois sous, elle ne te laissait pas repartir sans le nécessaire: la maison faisait crédit! Elle n'était pas là pour s'enrichir, elle était là pour vivre avec les autres, les petits, les besogneux, les simples, ceux qui vivent au jour le jour, qui vivotent, qui survivent sans se poser trop de questions...
Elle n'a jamais oublié qu'elle aussi avait connu des temps difficiles, la brutalité, le travail trop dur, le manque d'argent... Courageuse, elle a toujours fait face!
Dans ses derniers instants, sur son lit d'hôpital, en brave mère de famille qu'elle était, elle s'est reproché de n'avoir pas fait assez pour ses enfants, pas assez bien. Alors, son fils a presque crié: "Maman, tu étais toute seule, tu n'avais rien, tu as fais TOUT ce que tu pouvais, tu as TOUJOURS FAIT BIEN!" Et il a pleuré.
Je les ai vus ces grands gaillards, tous autour de son lit, tellement émus de la voir encore se torturer l'esprit: son "petit dernier" (à 50 ans, on est encore le "petit dernier"!!), le plus grand, sur qui elle a toujours pu compter, le petit fils qu'elle a élevé et qui l'appelle "Maman", son gendre, toujours gentil. L'un lui tient la main, l'autre lui masse le bras, le 3e lui tapote la jambe. Elle a les yeux fermés mais elle est heureuse de les sentir là. Ces hommes qui nous donnent l'impression d'être indifférents, peut-être insensibles, cachent sous la carapace du quotidient un coeur plein d'amour. Leurs yeux pleins de tendresse retenaient des larmes.
Ses filles sont venues, mais onze enfants, quarante petits enfants et une vingtaine d'arrières- petits-enfants ne peuvent pas être tous là. Ceux qui ont téléphoné et qui ont murmuré des mots sincères dans son oreille lui ont apporté un grand réconfort: ils étaient là, tout près, même à l'autre bout du monde. La plus grande barrière n'est pas la distance mais la sècheresse du coeur, l'incompréhension, l'inconscience.
Ces moments douloureux, où nous quitte un être cher, doivent nous permettre de réfléchir, de pardonner des "broutilles", de nous rapprocher les uns des autres, de décider de faire le premier pas vers celui qui est fâché, d'apprendre la tolérance, enfin, de vivre mieux pour ne pas avoir de regrets au soir de sa vie.
Nous sommes tristes mais sans doute si fiers de faire partie de SA FAMILLE, une famille dont tous les membres vivent honorablement: Que la vie continue!
Alors voila, ca fait une petite etoile de plus, ... ca va etre la chouille de mes grands parents la haut..
Moi je vais comme on peut aller entre deux pieds de tomates dans ces moments la.. mais je suis loin d'etre toute seule: Pascalou et la french team savent me remonter le moral comme il faut, :) , avoir mon ptit frere au telephone m'a rechauffe le coeur, ma ptite moman, avec le decalage horaire, c'est mission impossible de vous contacter, embrasse papa bien fort pour moi... mes 2soeurs, je vous embrasse tres tres fort et pense aussi tres fort a vous. Et a vous tous aussi, bien sur, je vous fait de gros bisous. xxx