On nous avait qu'on aimerait l'Inde 50 fois par jour et qu'on detesterait environ 50 fois par jour. C'est vrai, mais c'est dur a expliquer!
D'abord, il y a le bruit. Des milliers de taxis, de bus et d'autres vehicules sans ages, souvent a l'allure disco, qui foncent comme des damnes klaxonnant sans raison. Au milieu, les "controlleurs" de bus hurlent des "ChalaChalaChalaChalaaaaaa"aux gens qui sautent pendant que le bus ralentit (j'ai pas dit qu'il s'arretait!), les autres vendeurs a la sauvette hurlent tout un tas de truc, les indiens s'interpellent, rient, crient, comme de grands enfants!!!
Ensuite il y a l'odeur. Les gaz d'echappement, la pollution, la sueur epicee des travailleurs, la poussiere qui enveloppe la ville, la bouse des vaches qui deambulent, l'huile qui a trop frit, les patisseries qui se cuisinent, les epices plus fortes les unes que les autres, la pisse marinee des pissotieres jaunasses, la salete generale, les ordures qui masserent.
Puis la vue. Ca bouge, ca gigote, ca cours, ca roule, pas une rue sans mouvement, la ville est surpeuplee et aux milieux du chaos, la silhouete coloree des femmes enveloppees dans leurs magnifiques saaris. Elles sont plus belles les unes que les autres et sourient des que nos regards se croisent. C'est magique.
Pour le toucher, autre que les mains que les indiens me collent aux fesses, je dirait que l'Inde colle a la peau.. je ne sais pas si c'est la sueur ou la surpopulation qui fait que l'on se sent appes, etouffes..
Pour le gout... les lassis sucres ou sales, les plats plus qu'epices.. meme le riz a le gout de l'Inde, c'est inexplicable.
Parfois, on a l'impression d'etre arrives juste apres un bombardement, des briques, des maisons en ruines, des murs aux couleurs passees et ecaillees, une atmosphere pesante, des enfants vagabonds, des vaches perdues loin des pres, qui bouffent ce qu'elle trouve, generalement des sacs de plastiques qui les amenent a une mort lente et douloureuse.
Parfois, on a l'impression d'etre de retour au Moyen Age, des gens qui se lavent dans le caniveau, des allees plus immondes que c'est possible d'imaginer, des moeurs qui choquent: les journaux relatent sans arret les drames du jour.. de la femme qui s'est immolee parce que le voisinage disait qu'elle n'avait pas de vertu, celle qui a etrangle ses filles parce qu'elle etait la risee de la famille pour ne pas avoir eu de garcon, celui qui a assassine sa famille parce que ses parents ont autorise son frere a marier une femme d'une caste inferieure.. je vous en passe...
Parfois, j'ai l'impression d'etre dans ma bulle de savon, fraiche et en bonne sante, au milieu d'un monde sortit d'un bouquin d'Edgar Poe.. et souvent, meme devant une scene magnifique je ne sort pas mon appareil photo parce que le fait de porter des vetements propres me donne deja l'impression de trop etaler ma richesse.
Mais il y a ce je-ne-sais-quoi qui fait que, meme si on trouve ca vraiment plus dur que les autrs pays traverses, ca reste magique.